tolerance at home and abroad

13 février 1900.
Claudel déjeune. Il parle du mal que l’affaire Dreyfus nous a fait à l’étranger. Cet homme intelligent, ce poëte, sent le prêtre rageur et de sang âcre.
—Mais la tolérance ? lui dis-je.
—Il y a des maisons pour ça, répond-il.

Ils éprouvent je ne sais quelle joie malsaine à s’abêtir, et ils en veulent aux autres, de cet abêtissement. Ils ne connaissent pas le sourire de la bonté.
Sa soeur a dans sa chambre un portrait de Rochefort et, sur sa table, La Libre Parole. Elle a envie de le suivre dans ses consulats.
Et ce poëte affecte de ne comprendre et de n’admirer que les ingénieurs. Ils produisent de la réalité. Tout cela est banal.
Il a le poil rare et regarde en dessous. Son âme a mauvais estomac. Il revient à son horreur des juifs, qu’il ne peut voir ni sentir.
13 February 1900.
Lunch with Claudel. He speaks of the harm that the Dreyfus affair caused to us abroad. This man, this poet, smells of a fanatical priest and acrid blood.
—What of tolerance? I said.
—There are houses for that, he replied.

They feel some unhealthy joy at dumbing themselves down, and they want others to follow suit. They do not know the smile of kindness.
His sister has in her room a portrait of Rochefort and, at her table, La Libre Parole. She wants to follow his consular appointments.
And the poet affects a failure to understand and admire anyone but the engineers. They produce reality. All this is commonplace.
He has thinning hair and a downcast gaze. His soul has indigestion. He returned to his horror of the Jews, whom he cannot suffer to see or smell.
13 февраля 1900 года.
Обед с Клоделем. Он говорит о том, какой вред нанесло дело Дрейфуса нашей репутации за рубежом. От этого человека, этого поэта, исходит душок изувера-священника и едкой крови.
—Ну а терпимость? спросил я.
—Есть для этого дома, ответил он.

Они испытывают какое-то нездоровое удовольствие от самоотупления, и подстрекают других к тому же. Им неизвестна улыбка великодушия.
Его сестра повесила в своей комнате портрет Рошфора, а на стол положила «Ля Либр Пароль». Она хочет следовать за ним в его консульствах.
А сам поэт делает вид, что не понимает никого кроме инженеров. Они производят действительность. Всё это пошло.
У него жидкие волосы и потуплённый взор. Его душа страдает несварением желудка. Он возвращается к своему отвращению к евреям, которых он не в силах ни видеть ни обонять.
—Jules Renard, Journal 1887-1910, Pléiade, 1986, p. 570

toute nation a le gouvernement qu’elle mérite

Extrait d’une lettre adressée à M. le chevalier de Rossi en Saint-Pétersbourg, le 15 (27) août 1811.     From a letter addressed to Mr. the chevalier de Rossi in Saint-Petersburg, 15 (27) August 1811.
2o Toute nation a le gouvernement qu’elle mérite. De longues réflexions, et une longue expérience payée bien cher, m’ont convaincu de cette vérité comme d’une proposition de mathématiques. Tout loi est donc inutile, et même funeste (quelque excellente qu’elle puisse être en elle-même), si la nation n’est pas digne de la loi et faite pour la loi.
    Jadis le czar de Géorgie sortait tous les matins à cheval pour rendre la justice : il parcourait lentement les rues de Tiflis. Les plaideurs arrivaient, et disaient leurs raisons. Le czar donnait et faisait donner des coups de bâton à celui qui avait tort ou trop tort. Un Géorgien disait dernièrement, le plus sérieusement du monde, à mon frère, qui me l’a écrit : Eh bien ! Monsieur, on a remarqué que ces princes se trompaient très-rarement. Ils regrettent donc très-sincèrement cette vieille justice de rue ; et quant à la nouvelle que les Russes leur ont portée, qui procède par forme, par délais, par écriture, ils ne peuvent pas la tolérer, ils en sont malades ; et qui leur rapporterait la bâtonomie leur ferait un plaisir infini. Il y a chez nos vieilles nations d’Europe mille finesses que je crois très-fort au-dessus des Russes, du moins tels que je les connais dans ce moment. Le recours direct au souverain (ou la plainte) est une idée enracinée dans le plus profond de leurs cœurs ; et même, pour l’honneur de la souveraineté, elle est plus ou moins naturelle à tous les hommes. Je ne crois pas que l’opinion publique puisse être violée sur ce point. Il n’était pas malaisé, ce semble, de trouver le moyen qui aurait tout sauvé, en donnant seulement à la plainte, lorsqu’elle aurait été admise, la force de renvoyer la cause au plenum (ou chambres assemblées, suivant notre style).
Every nation has the government that it deserves. Lengthy reflection, and experience acquired at great cost, have convinced me of this truth as if it were a mathematical proposition. All law is useless and even fatal (however excellent it may be in itself), if the nation is not worthy of law and made for law.
    In the days of old the Czar of Georgia went out every morning on horseback to dispense justice; he slowly traversed the streets of Tbilisi. Litigants came and pleaded their cases. Armed with a cudgel, the Czar pummeled, and had pummeled, whoever was out of line or in the wrong. A Georgian recently spoke in all earnestness to my brother, who related his words to me: Well! Sir, they say that these princes very rarely erred. Thus they very sincerely regret this old street justice; and as for the new kind that the Russians have brought to them, which proceeds formally, slowly, and in writing, they cannot tolerate it, they are sick of it, and whoever would restore baculonomy to them, would deliver them an infinite delight. There are thousands of refinements in our ancient European nations, which I consider a great improvement over the Russians, at least as I know them at this moment. Direct appeal to the sovereign (or complaint) is an idea deeply rooted in their hearts, and as a credit to sovereignty, it even is more or less natural to all men. I do not believe that public sentiment could be violated on this point. It was not difficult, it seems, to find a way that would have saved everything, just by giving the complaint, once it was admitted, the force to refer the case to plenum (or elected assemblies, according to our custom).

— Joseph de Maistre, 1753 – 1821

kantian head bang

A debate about Kant ended with a shooting in Rostov

Rostov-on-Don, September 16:
    Police detained a resident of Rostov, who in the course of arguing about the works of the German philosopher Immanuel Kant and their merits, shot his interlocutor in the head with a traumatic weapon, reported the Office of the Ministry of Internal Affairs of Rostov-on-Don on Monday.
    According to the police, the suspect entered a kiosk to shop, striking a conversation with the victim.
    “They began to argue about the works of Immanuel Kant and their merits. A tempestuous debate turned into hand-to-hand combat, whereupon the instigator of the fight drew a traumatic handgun from his pocket and fired several shots at his opponent, then fled the scene,” — reported the statement.
    The police seized a traumatic gun “Wasp” from the detainee. The victim is currently hospitalized, his life is not in danger.

— Dimitri Buyanin, RIA News, 16 September 2013

étienne de la boétie on the master-slave dialectic

C’est ainsi que le tyran asservit les sujets les uns par les autres. Il est gardé par ceux desquels il devrait se garder, s’ils n’étaient avilis : mais, comme on l’a fort bien dit pour fendre le bois, il se fait des coins de bois même. Tels sont ses archers, ses gardes, ses hallebardiers. Non que ceux-ci ne souffrent souvent eux-mêmes de son oppression ; mais ces misérables, maudits de Dieu et des hommes, se contentent d’endurer le mal, pour en faire, non à celui qui le leur fait, mais bien à ceux qui, comme eux, l’endurent et n’y peuvent rien. Et toutefois, quand je pense à ces gens-là, qui flattent bassement le tyran pour exploiter en même temps et sa tyrannie et la servitude du peuple, je suis presque aussi surpris de leur stupidité que de leur méchanceté. Car, à vrai dire, s’approcher du tyran, est-ce autre chose que s’éloigner de la liberté et, pour ainsi dire, embrasser et serrer à deux mains la servitude ? Qu’ils mettent un moment à part leur ambition, qu’ils se dégagent un peu de leur sordide avarice, et puis, qu’ils se regardent, qu’ils se considèrent en eux-mêmes : ils verront clairement que ces villageois, ces paysans qu’ils foulent aux pieds et qu’ils traitent comme des forçats ou des esclaves , ils verront, dis-je, que ceux-là, ainsi malmenés, sont plus heureux et en quelque sorte plus libres qu’eux. Le laboureur et l’artisan, pour tant asservis qu’ils soient, en sont quittes en obéissant ; mais le tyran voit ceux qui l’entourent, coquinant et mendiant sa faveur. Il ne faut pas seulement qu’ils fassent ce qu’il ordonne, mais aussi qu’ils pensent ce qu’il veut, et souvent même, pour le satisfaire, qu’ils préviennent aussi ses propres désirs. Ce n’est pas tout de lui obéir, il faut lui complaire, il faut qu’ils se rompent, se tourmentent, se tuent à traiter ses affaires et puisqu’ils ne se plaisent que de son plaisir, qu’ils sacrifient leur goût au sien, forcent leur tempérament et le dépouillement de leur naturel. Il faut qu’ils soient continuellement attentifs à ses paroles, à sa voix, à ses regards, à ses moindres gestes : que leurs yeux, leurs pieds, leurs mains soient continuellement occupés à suivre ou imiter tous ses mouvements, épier et deviner ses volontés et découvrir ses plus secrètes pensées. Est-ce là vivre heureusement ? Est-ce même vivre ? Est-il rien au monde de plus insupportable que cet état, je ne dis pas pour tout homme bien né, mais encore pour celui qui n’a que le gros bon sens, ou même figure d’homme ? Quelle condition est plus misérable que celle de vivre ainsi n’ayant rien à soi et tenant d’un autre son aise, sa liberté, son corps et sa vie !!


Jean-Léon Gérôme, Slave Auction, 1866, The Hermitage, St. Petersburg

Thus the tyrant enslaves his subjects, ones by means of others. He is protected by those from whom he would have to guard himself, were they not abased: but, as it is well said, to split wood one needs wedges of the selfsame wood. Such are his archers, his guards, his halberdiers. Not that they themselves do not often suffer at his hands, but these wretches, accursed alike by God and man, are content to endure evil in order to commit it, not against him who wrongs them, but against those who, like themselves, suffer him and cannot help it. And yet, when I think of those men who basely flatter the tyrant to profit at once from his tyranny and from the servitude of the people, I am almost as astonished by their folly as by their wickedness; for to get to the point, how can they approach a tyrant, but by withdrawing further from their liberty, and, so to speak, embracing and seizing their servitude with both hands? Let such men briefly lay aside their ambition, or slightly loosen the grip of their sordid avarice, and look at themselves as they really are; then they will realize clearly that the townspeople, the peasants whom they trample under foot and treat like convicts or slaves, they will realize, I say, that these people, mistreated though they be, are happier and in a certain sense freer than themselves. The laborer and the artisan, no matter how enslaved, discharge their obligation through obedience; but the tyrant sees men about him grovel and beg for his favor. They must not only do as he says; they must also think as he wills; and often to satisfy him they must anticipate his wishes. Their work is far from done in merely obeying him; they must also please him; they must wear themselves out, torment themselves, kill themselves with work on his behalf, and since they cannot enjoy themselves but through his pleasure, replace their preferences with his, distorting their character and corrupting their nature. They must continually pay heed to his words, to his intonation, to his glances, and to his smallest gestures: let their eyes, their feet, their hands be continually poised to follow or imitate his every motion, to espy or divine his wishes, or to seek out his innermost thoughts. Is that a happy life? Is that a life properly so called? Is there anything in the world more intolerable than that situation, not just for any man of nobility, but even for any man possessed of a crude common sense, or merely of a human face? What condition is more wretched than to live thus, with nothing to call one’s own, receiving from someone else one’s sustenance, one’s own accord, one’s body, and one’s life!!

—Étienne de La Boétie (1 November 1530 – 18 August 1563), Discours de la servitude volontaire, 1549

america is hated by everyone, even by the americans

Melor Sturua reviews the movie The Last Argument of Kings [a remake of Seven Days in May] by the studio Ukrtelefilm:
    The movie shows the tycoons of the military-industrial complex, concerned about the readiness of the President of the U.S. to reach arms control agreements with the Soviet Union, organize a conspiracy against him. But the Pentagon “hawks” have no need to dive into the White House. The Reagan administration is pursuing a course that pleases the militarists.
    As a rule, American film and television, in turning to the Soviet themes, create anti-Soviet and anti-Russian, and therefore inhumane films.

Moscow News № 35, dated 31 August 1986

25 years later, anti-American rhetoric is no longer the official discourse in Russia. However, it is still in demand, as the Moscow News has determined after talking to the political scientist Aleksandr Dugin, head of the Department of Sociology of International Relations at Moscow State University.


Today, there are many more reasons to hate America, than 25 years ago. In the era of the Cold War there were two relatively comparable ideological models, the two poles—the socialist and the capitalist, two adversaries in an ideological war. Then we exchanged “pleasantries” based on our world-views, and anti-American sentiments coincided with the defense of the socialist system and the interests of the Eastern bloc.
    Since then, the Eastern Bloc fell, and the world has become unipolar. Today there exists the center, and the fringe comprises all that is not America or its direct vassals. The fringe feels the pressure of a new American empire, feels the U.S. sucking out all its resources, suppressing it, conducting a thoroughly imperialist colonial policy. And those who now oppose the U.S., comprise all of mankind, all countries facing a threat of becoming the next target of colonization and imperialist aggression by the U.S. Political scientist Samuel Hungtington proposed a formula: “The West Against the Rest”. But “the Rest” also have something to say in this situation, so that you can turn it around: “The Rest Against the West”, all the rest, except for America, against America.
    In his time, prince Trubetzkoy, founder of the Eurasian movement, wrote an important book, Europe and Mankind (meaning that Europe is opposed to mankind and mankind is opposed to Europe). And according to Trubetskoy, what unites the mankind is its aversion for European expansion. Today the center of the West has shifted across the ocean, and the one trait common to the planet of men, is the hatred of its U.S. hegemon.
    After the intervention in Libya, it is clear that Western interests and Western values ​​differ drastically. The words proclaim human rights, humanism, tolerance, democracy, and freedom;the deeds seek oil, power, occupation, and invasion. That is why the hatred of America is now not merely a common ground of “the Rest”, all the remainder of the world. This hatred is by and large becoming the force that unites the people of Europe as a part of the pro-American “West”, and even a large segment of Americans. America is hated by everyone, even by the Americans. Anti-Americanism is perhaps the main force that unites mankind. Anti-Americanism becomes a synonym for self-determination of man, the man of the fringes seeking a multipolar free world. Therefore, “Death to America” ​​should be written as a slogan on the shield of all those who want a humane world order. As long as America has not been ruined, annihilated, and crushed in its imperialist effort to impose its hegemony upon everyone, we will subsist under a constant threat of recurrence of Libyan, Iraqi, Afghani, and Serbian events. The fight against America must proceed not only with words but also with hearts and minds, and most importantly, with actions. America must be terminated. People who do not hate America today, are not people at all. They are victims of Western propaganda, biorobots who relinquish their right to freedom, independence, and dignity.

thomas mann: bruder hitler | that man is my brother | брат гитлер

Bruder Hitler That Man Is My Brother Брат Гитлер


Thomas Mann
1. Januar 1939
Foto: Carl Mydans
Time & Life Pictures/Getty Images

Ohne die entsetzlichen Opfer, welche unausgesetzt dem fatalen Seelenleben dieses Menschen fallen, ohne die umfassenden moralischen Verwüstungen, die davon ausgehen, fiele es leichter, zu gestehen, daß man sein Lebensphänomen fesselnd findet. Man kann nicht umhin, das zu tun; niemand ist der Beschäftigung mit seiner trüben Figur überhoben — das liegt in der grob effektvollen und verstärkenden (amplifizierenden) Natur der Politik, des Handwerks also, das er nun einmal gewählt hat, — man weiß, wie sehr nur eben in Ermangelung der Fähigkeit zu irgendeinem anderen. Desto schlimmer für uns, desto beschämender für das hilflose Europa von heute, das er fasziniert, worin er den Mann des Schicksals, den Allbezwinger spielen darf, und dank einer Verkettung phantastisch glücklicher — das heißt unglückseliger — Umstände, da zufällig kein Wasser fließt, das nicht seine Mühlen triebe, von einem Siege über das Nichts, über die vollendete Widerstandslosigkeit zum andern getragen wird. Were it not for the frightful sacrifices which continue to be offered up to the fatal psychology of this man; were it not for the ever-widening circle of desolation which he makes, it would be easier to admit that he presents an arresting phenomenon. Yet, hard as it is, we must admit it; nobody can help being preoccupied by the deplorable spectacle. For he has chosen — in default, as we know, of capacity to wield any other — to use politics as his tool; and politics always magnify and coarsen the effect they produce. So much the worse for us all; so much the worse for Europe today, lying helpless under his spell, where he is vouchsafed the role of the man of destiny and all-conquering hero, and where, thanks to a combination of fantastic chances — or mischances — everything is grist that comes to his mill, and he passes unopposed from one triumph to another. Если бы не ужасающие жертвы, которые непрерывно требует роковая душевная жизнь этого человека, и если бы не огромные моральные опустошения из того проистекающие, было бы легче признать, что феномен этот захватывающе увлекателен. Но ничего не поделаешь, приходится это высказать. Никто не избавлен от необходимости иметь дело с этой мрачной фигурой, ибо такова рассчитанная на грубый эффект, на преувеличение природа политики, того ремесла, которое он себе однажды выбрал, — мы знаем, в сколь большой степени из-за отсутствия способностей к чему-либо другому. Тем хуже для нас, тем постыдней для сегодняшней беспомощной Европы, которую он ослепляет, в которой ему позволено играть роль человека судьбы, покорителя всех и вся, где благодаря сцеплению фантастически счастливых, то есть несчастных, обстоятельств, — ведь все складывается так, что нет воды, которая не лилась бы на его мельницу, — его несет от одной победы, победы над ничем, над полнейшим непротивлением, к другой.

Continue reading thomas mann: bruder hitler | that man is my brother | брат гитлер

exalter l’individu si rabaissé par la démocrasserie


Flaubert par Nadar, 1865, Bibliothèque Municipale de Rouen
Page 191, « Plus tard les peintres feront mieux, mais ils seront moins originaux ! » En êtes-vous sûr ? — « Ils iront plus loin. » Eh bien, alors, qu’importe le reste ! Le principal, il me semble, c’est d’aller loin. Je vous sais gré d’exalter l’individu si rabaissé de nos jours par la démocrasserie. Mais il y a quelque chose au-dessus de lui. C’est l’idée qu’il se fait de l’ensemble des choses et la manière de l’exprimer, laquelle est une Création égale, sinon supérieure, à celle de la nature. Encore une fois (et c’est là mon sujet de dissentiment entre nous) vous ne tenez pas assez compte de l’Art en soi, qui est, cependant.
Page 191, “Later on painters will do better, but they will be less original!” Are you sure of that? — “They will go further.” Well then, what matters the rest! The key, it seems to me, is to go further. I am grateful to you for exalting the individual so degraded today by democrassery. But there is something above him. That’s the conception that he forms of things in their entirety and the way of expressing it, which is a Creation equal, if not superior, to that of nature. Once again (and here is the crux of disagreement between us) you do not pay enough attention to Art in itself, which exists, nonetheless.

— Gustave Flaubert, lettre à Hippolyte Taine, 5? November 1866,
Correspondance, Vol. III, Gallimard, 1991, p. 548

your christmas message

I am about to write the world’s profoundest poem, with apologies to William James, the only one who has touched my my level of genius:

Hogamus, higamus,
God is polygynous.
Higamus, hogamus,
Christ was androgynous.

— Northrop Frye, Late Notebooks, 1982-1990

(William James, the author of Varieties of Religious Experience, was frustrated by the impression that he had forgotten numinous insights achieved while inhaling nitrous oxide. He finally resolved to write his thoughts down. A profound poem ensued: “Hogamus, higamus, / Men are polygamous. / Higamus, hogamus, / Women monogamous.”)

— Что такое женитьба с точки зрения физики процесса? — вопрошал один. — Это когда человек взял с собой в будущее поебаться, а оно по дороге протухло.
—Именно, — хихикал второй, тревожно косясь на Олега. — Женщина предлагает крайне некорректный контракт. Купить на все деньги много-много этого самого продукта, оптом на всю жизнь. Но продукт-то скоропортящийся! Даже если сначала будет хорошо, очень скоро станет плохо. А мужчине надо немного, но чтобы свежее и разное. И это, кстати, указание природы, требующей распространения генома, а не мнение какой-то там церковной общественности или климактериальных феминисток, которых в этой жизни не трахнет уже никто кроме инсульта. Короче, совсем разные бизнес-планы…

— What is marriage from the standpoint of process physics? — asked one of them. — It is the case of a man stocking up on fuck fodder for his future use, and then it rots along the way.
— Exactly — the other one giggled, glancing anxiously at Oleg. — A woman offers a highly improper contract. Spend all your money on lots and lots of the said product, wholesale for a lifetime. But the product is perishable! Even if at first it is good, very soon it will turn bad. And a man needs only a little bit, but fresh and assorted. And this, by the way, is a mandate of nature, which requires dissemination of the genome, and not some sanctimonious parochial notion or conceit of menopausal feminists no longer fit to be fucked in this life by anything other than a stroke. In short, very different business plans…

— Victor Pelevin, Pineapple Soda for the Lovely Lady

party hearty

After winning the Prix Goncourt, France’s most prestigious literary prize, for his latest novel, La carte et le territoire, Michel Houellebecq, a self-admitted believer in unlimited, eternal happiness, left the victory party thrown for him by Frédéric Beigbeder with Maria “a blond angel of Russian origin”, said to have served as a model for the character of Olga, described therein by the fictional counterpart of Beigbeder as one of the five most beautiful women in Paris. Thus the flesh-and-blood Houellebecq departs from the literary character murdered and dismembered in his prize-winning opus, repudiating his own counsel, always to anticipate coming home alone, in a taxi.

            La fête
    Le but de la fête est de nous faire oublier que nous sommes solitaires, misérables et promis à la mort. Autrement dit, de nous transformer en animaux. C’est pourquoi le primitif a un sens de la fête très développé. Une bonne flambée de plantes hallucinogènes, trois tambourins, et le tour est joué: un rien l’amuse. A l’opposé, l’Occidental moyen n’aboutit à une extase insuffisante qu’à l’issue de raves interminables dont il ressort sourd et drogué: il n’a pas du tout le sens de la fête. Profondément conscient de lui-même, radicalement étranger aux autres, terrorisé par l’idée de la mort, il est bien incapable d’accéder à une quelconque fusion. Cependant, il s’obstine. La perte de sa condition animale l’attriste, il en conçoit honte et dépit ; il aimerait être un fêtard, ou du moins passer pour tel. Il est dans une sale situation.
    QU’EST-CE QUE JE FOUS AVEC CES CONS ?
    « Lorsque deux d’entre vous seront réunis en mon nom, je serai au milieu d’eux » (Matthieu, 17, 13 [18: 20]). C’est bien là tout le problème: réunis au nom de quoi ? Qu’est qui pourrait bien, au fond, justifier d’être réunis ?
    Réunis pour s’amuser. C’est la pire des hypothèses. Dans ce genre de circonstances (boîtes de nuit, bals populaires, boums) qui n’ont visiblement rien d’amusant, une seule solution: draguer. On sort alors du registre de la fête pour rentrer dans celui d’une féroce compétition narcissique, avec ou sans option pénétration (on considère classiquement que l’homme a besoin de la pénétration pour obtenir la gratification narcissique souhaitée ; il ressent alors quelque chose d’analogue au claquement de la partie gratuite sur les anciens flippers. La femme, le plus souvent, se contente de la certitude qu’on désire la pénétrer). Si ce genre de jeux vous dégoûte, ou que vous ne vous sentez pas en mesure d’y faire bonne figure, une seule solution: partir au plus vite.
    Réunis pour lutter (manifestations étudiantes, rassemblements écologistes, talk-shows sur la banlieue). L’idée, a priori, est ingénieuse : en effet, le joyeux ciment d’une cause commune peut provoquer un effet de groupe, un sentiment d’appartenance, voire une authentique ivresse collective. Malheureusement, la psychologie des foules suit des lois invariables : on aboutit toujours à une domination des éléments les plus stupides et les plus agressifs. On se retrouve donc au milieu d’une bande de braillards bruyants, voire dangereux. Le choix est donc le même que dans la boîte de nuit : partir avant que ça cogne, ou draguer (dans un contexte ici plus favorable : la présence de convictions communes, les sentiments divers provoqués par le déroulement de la protestation ont pu légèrement ébranler la carapace narcissique).
    Réunis pour baiser (boîtes à partouzes, orgies privées, certains groupes New Age). Une des formules les plus simples et les plus anciennes : réunir l’humanité sur ce qu’elle a, en effet, de plus commun. Des actes sexuels ont lieu, même si le plaisir n’est pas toujours au rendez-vous. C’est déjà ça ; mais c’est à peu près tout.
    Réunis pour célébrer (messes, pèlerinages). La religion propose une formule tout à fait originale : nier audacieusement la séparation et la mort en affirmant que, contrairement aux apparences, nous baignons dans l’amour divin tout en nous dirigeant vers une éternité bienheureuse. Une cérémonie religieuse dont les participants auraient la foi offrirait donc l’exemple unique d’une fête réussie. Certains participants agnostiques peuvent même, durant le temps da la cérémonie, se sentir gagnés par un sentiment de croyance ; mais ils risquent ensuite une descente pénible (un peu comme pour le sexe, mais pire). Une solution : être touché par la grâce.
    Le pèlerinage, combinant des avantages de la manifestation étudiante et ceux du voyage Nouvelles Frontières, le tout dans une ambiance de spiritualité aggravée par la fatigue, offre en outre des conditions idéales pour la drague, qui en devient presque involontaire, voire sincère. Hypothèse haute en sortie de pèlerinage : mariage + conversion. A l’opposé, la descente peut être terrible. Prévoir d’enchaîner sur un séjour UCPA « sports de glisse », qu’il sera toujours temps d’annuler (renseignez-vous au préalable sur les conditions d’annulation).
    LA FÊTE SANS LARMES.
    En réalité, il suffit d’avoir prévu de s’amuser pour être certain de s’emmerder. L’idéal serait donc de renoncer totalement aux fêtes. Malheureusement, le fêtard est un personnage si respecté que cette renonciation entraîne une dégradation forte de l’image sociale. Les quelques conseils suivants devraient permettre d’éviter le pire (rester seul jusqu’au bout, dans un état d’ennui évoluant vers le désespoir, avec l’impression erronée que les autres s’amusent).

  • Bien prendre conscience au préalable que la fête sera forcément ratée. Visualiser des exemples d’échecs antérieurs. Il ne s’agit pas pour autant d’adopter une attitude cynique et blasée. Au contraire, l’acceptation humble et souriante du désastre commun permet d’aboutir à ce succès : transformer une fête ratée en un moment d’agréable banalité.
  • Toujours prévoir qu’on rentrera seul, et en taxi.
  • Avant la fête : boire. L’alcool à doses modérées produit un effet sociabilisant et euphorisant qui reste sans réelle concurrence.
  • Pendant la fête : boire, mais diminuer les doses (le cocktail alcool + érotisme ambiant conduit rapidement à la violence, au suicide et au meurtre). Il est plus ingénieux de prendre ½ Lexomil au moment opportun. L’alcool multipliant l’effet des tranquillisants, on observera un assoupissement rapide : c’est le moment d’appeler un taxi. Une bonne fête est une fête brève.
  • Après la fête : téléphoner pour remercier. Attendre paisiblement la fête suivante (respecter un intervalle d’un mois, qui pourra descendre à une semaine en période de vacances).

    Enfin, une perspective consolante : l’âge aidant, l’obligation de fête diminue, le penchant à la solitude augmente ; la vie réelle reprend le dessus.

Michel Houellebecq, Rester vivant, Flammarion, 1997, pp. 70-73      

            Celebration
    The aim of celebration is to make us forget that we are lonely, miserable, and promised to death. In other words, to transform us into animals. That is why the savage has a very well developed sense of celebration. A sound puff of hallucinogenic plants, three tambourines, and he is all done: amused by a trifle. By contrast, the average Westerner achieves a meager ecstasy only in the wake of endless raves, which leave him stupefied and intoxicated: he has no sense of celebration whatsoever. Deeply conscious of himself, radically foreign to others, terrified by the idea of death, he is unable to achieve any synthesis. However, he persists. The loss of his animal condition saddens him; it consigns him to shame and vexation; he would be a celebrator, or at least pass for such. He is in a lousy situation.
    WHAT AM I DOING WITH THESE IDIOTS?
    “For where two or three are gathered together in my name, there am I in the midst of them.” (Matthew, 17:13 [18:20]). This is indeed the entire problem: gathered together in the name of what? What could suffice, in the final analysis, to justify such gatherings?
    Gathered together for fun. This is the worst case scenario. In such circumstances (night clubs, village dances, parties) which obviously fail to foment fun, there is only one solution: a pickup. One then abandons the mindset of celebration to return to that of a fierce narcissistic competition, with or without an option of penetration (typically considering that man needs penetration to achieve the desired narcissistic gratification, whereupon he feels something analogous to the chimes of the bonus game on old pinball machines. The woman, most often, satisfies herself with the certainty of being desired as the object of penetration). If this kind of game turns you off, or you do not feel up to winning it, there remains only one solution: to leave at the earliest opportunity.
    Gathered together to fight (student protests, environmentalist rallies, town hall meetings). At first blush, the idea is ingenious: in fact, the happy joining in a common cause can produce a group effect, a sense of belonging, even a genuine collective drunkenness. Unfortunately, the psychology of crowds follows rigid laws: it always leads to domination of the most stupid and most aggressive. So we end up in the midst of a rowdy, even dangerous band of blowhards. The choice is therefore the same as in the nightclub: leaving before it all busts out, or trolling for a pickup (here in a more favorable context: the presence of common convictions, the range of feelings brought forth in the course of the protest being liable to slightly displace the narcissistic shell).
    Gathered together to fuck (sex clubs, private orgies, certain New Age groups). One of the simplest and oldest formulas: uniting mankind in its most common aspect. Sexual acts take place, even if pleasure is not always present. That’s already something, but that’s about all there is to it.
    Gathered together to celebrate (masses, pilgrimages). Religion offers a completely original formula: boldly deny the separation and death by affirming that, contrary to appearances, we are immersed in divine love, while advancing towards a blissful eternity. A religious ceremony in which participants have faith would therefore offer a unique example of a successful celebration. Some agnostic participants may even, during the ceremony, feel overwhelmed by a sense belief; but they risk a painful descent (a bit like sex, but worse). One solution: to be touched by grace.
    The pilgrimage, combining the benefits of student demonstration with those of packaged holidays by Nouvelles Frontieres, all in an atmosphere of spirituality aggravated by fatigue, also provides ideal conditions to troll for a pickup, which becomes almost involuntary, even sincere. The charitable assumption at the end of the pilgrimage: marriage + conversion. Otherwise, the descent can be terrible. Plan to follow up on a water-sporting vacation by UCPA, which could be cancelled at the last minute (ask in advance about the cancellation policy).
    CELEBRATE WITHOUT TEARS.
    In fact, just planning to have fun is enough to ensure getting bored. The ideal would therefore be to renounce all celebrations. Unfortunately, the party animal is a figure so well respected that this renunciation would result in a severe weakening of the social image. The following tips should help to avoid the worst (staying alone until the end, in a state of boredom evolving into despair, with the mistaken impression that the others are having fun).

  • Be well aware beforehand that the party will necessarily fail. Visualize the examples of past failures. This does not mean to adopt a cynical and jaded attitude. On the contrary, humble and cheerful acceptance of the common disaster can lead to success: transforming a failed party into a pleasant occasion of banality.
  • Always anticipate coming home alone, in a taxi.
  • Before the party: drink. Alcohol in moderate doses produces a socializing and euphoric effect which has no real competition.
  • During the party: drink, but lower the doses (the mixture of alcohol with ambient eroticism quickly leads to violence, suicide, and murder). It is more thoughtful to take ½ of a Valium at the right time. Alcohol compounding the effect of tranquilizers will make you sleepy; that’s the time to call a taxi. A good party is a short party.
  • After the party: call to offer your thanks. Wait quietly for the next occasion (an interval of one month, which can shorten to a week during vacations).

    Finally, a consoling perspective: with the help of aging, the obligation to celebrate diminishes; the penchant for solitude increases; real life takes over.

—translated by MZ      


Michel Houellebecq / Vincent Ferrané

Our fondest felicitations and many happy returns, Monsieur Michel. May every dissipated misanthrope connect with his proper match.

Crossposted to [info]larvatus and [info]mhouellebecq.